Le film La Liste de mes envies est l’adaptation cinématographique du roman éponyme de Grégoire Delacourt, sorti en salles en 2014. Réalisé par Didier Le Pêcheur, il place Mathilde Seigner dans le rôle de Jocelyne, une mercière d’Arras dont la vie bascule après un gain de 18 millions d’euros à la loterie. Le long-métrage transpose un best-seller vendu à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde, avec un budget de 7,3 millions d’euros.
Du roman au scénario : ce que l’adaptation a conservé et sacrifié
Le roman de Grégoire Delacourt repose sur une narration intime, portée par la voix intérieure de Jocelyne. Le texte avance par petites touches, listes griffonnées, doutes murmurés. Au cinéma, cette intériorité pose un problème structurel : comment filmer un personnage dont la force réside dans ce qu’il ne dit pas.
Didier Le Pêcheur et Grégoire Delacourt, qui signe lui-même le scénario, ont fait le choix d’extérioriser les conflits. Les tensions conjugales avec Jocelyn (Marc Lavoine) deviennent plus frontales. Les scènes de la mercerie, décrites en quelques lignes dans le livre, occupent davantage d’espace visuel pour ancrer le quotidien modeste du personnage.
Le sacrifice principal concerne le rythme. Le roman progresse par accumulation de détails domestiques qui construisent une mélancolie lente. Le film compresse cette temporalité en une comédie dramatique d’environ 1h40, ce qui lisse certaines aspérités du texte original.

Mathilde Seigner dans le rôle de Jocelyne : un casting qui oriente le ton du film
Le choix de Mathilde Seigner pour incarner Jocelyne n’est pas anodin. L’actrice est associée à des rôles de femmes directes, ancrées dans le réel, souvent plus combatives que résignées. Jocelyne, dans le roman, est une femme effacée qui découvre progressivement sa propre valeur.
Seigner apporte au personnage une énergie plus terrienne que celle suggérée par le livre. Sa Jocelyne est moins contemplative, plus réactive. Ce décalage divise : certains spectateurs y voient une trahison du texte, d’autres une relecture qui donne au personnage une épaisseur différente.
Face à elle, Marc Lavoine compose un Jocelyn à la fois séduisant et fragile, dont la dérive après la découverte du gain constitue le ressort dramatique principal du film. Le duo fonctionne sur un contraste de registres : Seigner dans la retenue, Lavoine dans la fuite en avant.
Le reste du casting
Patrick Chesnais et Tiphaine Haas complètent la distribution. Chesnais apporte une gravité bienvenue dans un film qui penche parfois trop vers la légèreté. Tiphaine Haas, dans un rôle secondaire, représente la génération suivante et sert de miroir aux choix de Jocelyne.
Réception du film : un décalage entre attentes et résultat
Avec environ 410 000 entrées en France, le film n’a pas transformé le phénomène littéraire en succès commercial équivalent. Pour un budget de 7,3 millions d’euros, le résultat reste modeste. Les notes critiques reflètent cette tiédeur : la presse comme les spectateurs ont exprimé des réserves.
Plusieurs éléments expliquent cet écart :
- Le public du roman attendait une fidélité émotionnelle que le format comédie dramatique ne pouvait pas toujours restituer
- La concurrence en salles au moment de la sortie a limité la visibilité du film face à des productions plus médiatisées
- Le ton du film oscille entre comédie et drame sans trancher, ce qui a pu dérouter une partie du public cherchant un genre identifiable
Ce résultat s’inscrit dans une tendance plus large : adapter un best-seller français au cinéma ne garantit pas le transfert d’audience. Le lectorat d’un roman et le public d’une salle de cinéma ne se recoupent pas automatiquement.

La Liste de mes envies en streaming : où voir le film aujourd’hui
Le film reste accessible en vidéo à la demande. Il est disponible en location sur plusieurs plateformes VOD françaises, avec des tarifs démarrant à quelques euros. Il figure aussi dans le catalogue de certains services de streaming par abonnement.
Pour ceux qui découvrent le film après le roman, le visionnage en streaming permet une comparaison directe entre les deux versions de l’histoire. Le format domestique convient d’ailleurs bien à ce type de récit intimiste, peut-être mieux que la salle de cinéma.
Mathilde Seigner après le film : une carrière tournée vers la télévision
Après La Liste de mes envies, Mathilde Seigner a progressivement orienté sa carrière vers la fiction télévisée. À partir de 2016, elle devient l’héroïne de la série Sam sur TF1, un rôle récurrent qui s’impose comme l’un des succès durables de la fiction française.
Ce glissement du cinéma vers la télévision n’est pas un repli. Il reflète une évolution du paysage audiovisuel français où les actrices de premier plan trouvent dans les séries des personnages plus développés, sur plusieurs saisons, que dans des rôles de comédie au cinéma limités à un seul film.
Le rôle de Jocelyne dans La Liste de mes envies se situe à la charnière de cette transition. Le personnage de la mercière d’Arras, avec sa normalité assumée et ses dilemmes quotidiens, annonce le type de figures féminines que Seigner explorera ensuite dans Sam : des femmes ordinaires confrontées à des situations qui les dépassent, mais qui refusent de se laisser définir par elles.
Le film de Didier Le Pêcheur reste un objet singulier dans la filmographie de Mathilde Seigner. Ni son plus grand rôle, ni un faux pas, il documente un moment précis où une actrice de cinéma, un auteur à succès et un réalisateur ont tenté de faire cohabiter deux langages, celui du livre et celui de l’écran, avec des résultats inégaux mais sincères.

