Quatre millions d’euros : sur le papier, cela ressemble déjà à un séisme. Pour une société de sécurité privée, c’est le genre de chiffre qui fait tourner les têtes et affole les colonnes des états financiers. Les dernières révélations sur la fraude massive qui éclabousse ce secteur secouent jusqu’aux services de l’État, soulignant une accélération des contrôles là où, jadis, l’opacité semblait régner sans partage.
Des investigations sans répit
L’affaire a été examinée sous toutes les coutures par le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc : huit prévenus sur le banc et une quarantaine de délits relevés. Sanction immédiate : des peines de prison avec sursis allant de deux mois à deux ans, mais aussi des interdictions de gérer. La saisie judiciaire de 8 maisons et immeubles d’une valeur de 1.8 million d’euros a aussi été actée. Une opération coup de poing qui vient mettre en lumière la solidité du dispositif de riposte.
Tout débute par un signalement venu du fisc. Une poignée de sociétés de sécurité déposent le bilan à une cadence qui intrigue. La brigade de recherches de Saint-Brieuc prend le dossier en main, remonte la piste et tombe sur la société SPS49, implantée dans le Maine-et-Loire. Leur stratagème : émettre de fausses factures vers une autre entreprise, Delta, sans la moindre trace écrite. L’argent s’évapore, le réseau se referme sur lui-même. La mécanique frauduleuse ne tient pas longtemps face aux enquêteurs, et l’édifice s’effondre sous le poids des preuves.
Sur mesure, dupliqué, dissimulé
Au cœur de ce dispositif, une figure déjà familière aux juges : une comptable installée à Paris, dont le goût pour les arrangements a déjà été sanctionné à Versailles pour escroquerie et travail au noir. Elle fabrique des bilans et des résultats financiers fictifs, maniant chiffres et signatures comme autant de paravents à la justice. Ici, l’industrialisation du faux prend une ampleur nouvelle.
Les enquêteurs de l’agence Sanegon à Lille découvrent d’ailleurs que la dérive ne s’arrête pas là : chez un autre client, elle a discrètement détourné plus de 190 000 euros, profitant de son accès aux comptes pour vider tranquillement la caisse.
La chaîne des bénéficiaires rattrapée
Le filet ne s’est pas refermé uniquement sur les instigateurs. Toute personne ayant touché ou profité de l’argent détourné, même le dernier dirigeant arrivé dans la tempête, doit aujourd’hui répondre de ses actes. L’exemple est révélateur : ce nouveau gérant, tout juste débarqué, n’a pas hésité à investir dans une friterie avec l’argent de la société et à s’offrir un mariage sur fonds détournés, traiteur compris. On saisit alors à quel point le système avait infiltré les moindres recoins de l’entreprise. La suite de la procédure fiscale n’a pas fini de livrer ses surprises, et la riposte judiciaire pourrait bien continuer à ébranler tout un écosystème qui pensait pouvoir échapper encore un temps au radar de la loi.

