Débarquer aux Oscars en robe, sous acide, et sans la moindre intention de se fondre dans le décor : voilà le genre de coup de poker qui colle à la peau de Matt Stone et Trey Parker. Les deux cerveaux déjantés derrière South Park, fidèles à leur réputation d’électrons libres, avaient décidé qu’un smoking n’avait rien à faire sur leurs épaules cette nuit-là. Mieux valait s’inspirer des icônes hollywoodiennes de l’année précédente, Gwyneth Paltrow et Jennifer Lopez, et débarquer dans leurs robes les plus remarquées. Quitte à provoquer quelques sueurs froides sur le tapis rouge.
Comment Matt Stone et Trey Parker sont-ils devenus amis ?
La complicité entre Parker et Stone ne tient pas du hasard, ni d’un simple alignement de planètes. Leur histoire commence sur les bancs de l’université de Boulder, au début des années 90, dans une salle de cinéma où les conventions n’avaient pas vraiment leur place. Très vite, ils repèrent chez l’autre la même envie de bousculer la norme, de tourner tout au ridicule. Loin des étudiants modèles, ils préfèrent s’installer au fond, à échanger des blagues et à inventer des voix absurdes, souvent pour leur seul plaisir. Parker, dans un podcast, n’a pas caché qu’ils étaient « ces gars du fond de la classe, qui cherchaient surtout à se faire rire l’un l’autre ». Le genre d’humour qui laisse les autres perplexes, mais qui crée entre eux une alchimie indestructible.
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Leur duo, souvent jugé « insupportable » par ceux qui ne saisissaient pas la blague, s’est forgé sur cette capacité à ne rien prendre au sérieux. À force de se challenger en permanence, ils ont bâti la dynamique qui allait nourrir South Park : un humour corrosif, des personnages décalés, et une liberté de ton totale. Impossible de les dissocier, même trente ans après.
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Pourquoi Matt Stone et Trey Parker ont-ils assisté aux Academy Awards en robe, alors qu’ils étaient sous acide ?

Les Oscars, pour Parker, représentent tout ce qu’ils aiment égratigner. L’événement, aussi solennel qu’un couronnement, leur donnait l’occasion rêvée de s’amuser des codes hollywoodiens. L’idée de se pointer habillés en poulet ou en pirate a bien traversé leurs esprits, mais finalement ce sont les robes de stars qui l’ont emporté. Parker l’affirme sans détour : « Les Oscars devraient ressembler à un bal costumé, ce serait bien plus drôle. » Cette provocation, ils la préparent avec détachement, jusqu’au jour J où la réalité rattrape la blague.
La scène se corse dans la limousine, à quelques mètres du tapis rouge, alors que la pression monte. Stone raconte sans détour : « C’était génial sur le papier, mais quand on a vu des milliers de photographes, on a failli tout lâcher. » L’idée de rebrousser chemin les traverse, mais la machine est lancée. Il ne reste plus qu’à sortir, robes sur le dos, sous les flashs et l’œil médusé des invités.
Aurait-on pu s’attendre à pire ? Apparemment, oui. Parker confie qu’ils ont envisagé, un temps, de venir déguisés en « gros canards ». Ce soir-là, le tapis rouge aurait pu voir défiler tout autre chose que du satin rose ou du décolleté vert. Mais même sans plumes, la scène reste gravée dans les mémoires : deux créateurs de génie, défiant les codes, prêts à tout pour une bonne blague, même à défiler dans les habits des autres, le sourire aux lèvres et la tête dans les étoiles. Qui s’en souvient encore aujourd’hui ? Peut-être ceux qui rêvent, l’espace d’une soirée, de voir Hollywood se prendre un sérieux coup de pied dans les convenances.

